Un(e) Scrum Master est-il/elle un(e) manager(euse) ?

L’élément déclencheur à la rédaction de cet article est la lecture d’un coup de gueule et d’un positionnement vraiment tranché d’Emmanuelle Souillat. J’ai eu envie de creuser un sujet intéressant : est-ce qu’un ScrumMaster peut être aussi un manager ?

Pour ceux qui sont pressés et qui n’ont pas le temps de lire l’intégralité du post, en résumé, le ScrumMaster est un manager car il réalise des activités de management. Un manager peut aussi tenir le rôle de ScrumMaster. Ses compétences, comme sa communication, et sa boîte à outils lui sont fort utiles dans sa mission de ScrumMaster.

Ce n’est pas le fait de manager qui pose souvent problème. Je rejoins entièrement les points de vue et les coups de gueule d’Emmanuelle. C’est la façon de faire non adéquate, comme le micromanagement, qui peut amener des difficultés. Et des personnes inexpérimentées, non formées et non accompagnées, se retrouvent propulsées manager du jour au lendemain.

Le management et le manager

Il semble ne pas y avoir de définition unique du management. Voici une synthèse des définitions que j’ai pu lire.

« Le management est une activité qui consiste à conduire dans un contexte donné un groupe de personne à atteindre des objectifs fixés avec des moyens, y compris matériels, mis à disposition par l’entreprise.

Le management désigne aussi les responsables et les personnes de l’encadrement d’une entreprise. »

Le manager est un spécialiste du management. Il/elle réalise des activités d’organisation et d’accompagnement de son équipe à l’atteinte d’objectifs. Pour cela il/elle définit des objectifs et un cadre de fonctionnement de l’équipe. Suivant son style de leadership, le manager peut co-construire ces objectifs avec son équipe. Il peut aussi imposer des objectifs individuels. La bonne compréhension de ses objectifs par l’équipe passe par une communication adaptée du manager.

Une fois les objectifs définis et compris, il/elle s’assure que l’équipe est focalisée sur sa réalisation. Pour cela il/elle va suivre les performances. Certains managers délèguent ce suivi après un apprentissage de l’équipe pour qu’elle puisse intervenir lors d’une dérive de sa performance.

Le manager ou l’équipe peut alors identifier les dysfonctionnements et les erreurs. Une fois qu’ils sont détectés, deux possibilités s’offrent au manager : la sanction ou l’apprentissage. L’approche dépend uniquement de la connaissance de soi du manager et de la culture de l’entreprise.

Certains managers traquent aussi les bons fonctionnements et les réussites de leur équipe. Elles sont alors gratifiées sous différentes formes mais pas nécessairement par une prime ou une augmentation. Le fait de remercier l’équipe de ses réussites a pour effet de renforcer l’estime et la motivation de ses membres.

L’entretien de la motivation des membres de l’équipe est un élément important de la pensée du manager. Il/elle va effectuer des actions pour maintenir celle-ci, comme :

  • communiquer le sens de ce que réalise l’équipe,
  • définir des objectifs clairs,
  • féliciter les succès,
  • aider l’équipe à progresser lorsque les performances ne sont pas à la hauteur de ce qu’elle peut faire,
  • développer l’autonomie de l’équipe ou de ces membres,
  • déléguer des missions en toute confiance,
  • se rendre disponible pour écouter et mieux communiquer…

La dernière grande activité des managers est l’accompagnement au changement. Ces changements sont soit impulsés par eux, soit par l’organisation, lors d’un changement stratégique ou soit par la survenue d’événements extérieurs. Il est un accompagnant, force de proposition, et un leader dans ces moments difficiles. Souvent l’équipe doit revoir comment elle s’y prend pour faire les choses et l’adapter à ce nouveau contexte. Ceci n’est pas forcément simple, mais le manager est là pour accueillir ce changement, emmener l’équipe et réussir ce nouveau challenge.

ScrumMaster

ScrumMaster est un rôle Scrum, un cadre de travail empirique orienté création de produit par une équipe. Le rôle est défini dans le guide Scrum (http://scrumguides.org/scrum-guide.html#team-sm)

Le terme servant-leader est le terme clé du rôle de ScrumMaster. Des exemples de sa réalisation sont aussi décrits dans le guide Scrum. Nous retiendrons ici :

  • Coacher l’équipe dans son auto-organisation et sa capacité à réaliser ses objectifs,
  • Aider l’équipe à réaliser des produits à haute valeur ajoutée,
  • Supprimer les obstacles à la progression de l’équipe,
  • Causer les changements qui augmentent la productivité de l’équipe Scrum,
  • S’assurer que les objectifs, le périmètre, et le domaine du produit sont compris par tout le monde dans l’équipe Scrum,
  • Faciliter les événements Scrum si besoin ou à la demande.

Comment un ScrumMaster est un vrai manager

(Expert du management)

1) Il fait appliquer le cadre de fonctionnement de l’équipe. À la différence du manager, le cadre ici est normé (c’est Scrum !), alors que le manager définit le cadre en fonction de son expérience et celle de son équipe.

2) Il aide l’équipe dans l’acquisition de son autonomie sur son organisation et l’atteinte de ses objectifs. Même si beaucoup de managers ont tendance à oublier cette part de travail, ils ont dans leurs missions d’amener l’équipe à son plus haut potentiel d’autonomie (auto-organisation).

3) Il effectue ou délègue à l’équipe un suivi de la performance. Il la communique au sein de l’organisation.

4) Il détecte les erreurs commises. Il facilite les rétrospectives ou aide l’équipe à dépasser les situations la ralentissant, en détectant un affaiblissement des résultats obtenus par celle-ci.

5) Il délègue souvent la mission de facilitation à moyen terme à l’équipe sur les cérémonies mais garde le contrôle sur le cadre Scrum.

6) Il aide l’organisation à mettre en place Scrum. Il a donc des missions d’accompagnement au changement lors de la transition. Il aide l’équipe et l’organisation à répondre plus facilement aux différents changements qu’elles pourraient rencontrer.

7) Il se rend aussi disponible pour écouter, afin de mieux aider l’équipe Scrum.

8) Il cherche à maintenir une motivation importante au sein de l’équipe.

9) Il cherche à rendre performant le cadre de travail dans l’organisation.

Le manager et le ScrumMaster peuvent ne pas être dans leur rôle et fonction

Il existe beaucoup de raison pour que le manager ou le ScrumMaster ne tiennent pas leur rôle ou leur fonction. J’en retiendrai trois : l’inexpérience, le manque de formation et le manque d’accompagnement.

Les conséquences de cette absence de rôle ou de fonction, même partielle, sont diverses :

  • des actions de micromanagement (qui n’est pas du management),
  • une démobilisation des équipes,
  • une réalisation de tâches sans aucun sens ou qui va à l’encontre de ce qui devrait être fait,
  • une absence de reconnaissance ou apparition de comportement individualiste.

Est-il possible d’éviter cela ? Vous connaissez déjà les solutions, n’est ce pas ?

L’expérience s’acquiert avec le temps, les réussites et par les erreurs commises. Ce qu’il faut garder en tête : devenir un bon manager ou un bon ScrumMaster est un long apprentissage ! Et pourtant tout en sachant cela, la première erreur faite est la « promotion » d’une personne issue de la technique sans motivation pour le management. Ne pas l’accompagner dans sa nouvelle fonction (Manager) ou son nouveau rôle (ScrumMaster) est la seconde erreur. Pourtant, le management n’est pas un talent inné même pour les meilleurs managers, ceux avec qui vous avez aimé travailler. Demandez-leur comment ils sont devenus bon manager aux yeux de leurs équipes ?

Le mythe est de dire et de penser que le fait d’être certifié ou d’avoir obtenu un MBA fera un bon ScrumMaster ou un bon manager. La solution la plus employée est d’envoyer le nouveau ScrumMaster en formation de 2 jours, certifiante ou pas. Mais ce n’est pas elle qui va lui permettre d’obtenir cette expérience et d’acquérir les connaissances du management. D’ailleurs, les managers forgent leurs armes sur le terrain puis vont acquérir la théorie lors de leur MBA.

Pour en revenir au ScrumMaster, ces 2 jours sont cependant un bon départ pour mieux appréhender le fonctionnement de Scrum puisque c’est une composante importante du rôle de ScrumMaster. Si vous pensez toujours qu’une certification est un gage d’expérience, je vous conseille de regarder de plus près les parcours des certifications. Pour ma part, j’ai choisi de suivre le parcours de la ScrumAlliance et d’obtenir un CSP (Certified Scrum Professionnel) après mon CSM (Certified ScrumMaster). L’obtention de cette certification ne s’effectue qu’après un certain nombre d’années et une réflexion sur ses apprentissages. Je continue toujours à me former et à apprendre.

Pour remédier à l’inexpérience et le manque de formation, d’autres solutions peuvent être envisagées comme le tutorat ou le coaching. Le tuteur va aider le nouveau manager à prendre ses marques. Le tutorat c’est comme l’apprentissage de la conduite dans lequel une personne expérimentée guide l’apprenti. Elle va nous montrer comment regarder, nous positionner ou manipuler le véhicule. Nous pouvons reproduire ce schéma avec un nouveau manager ou ScrumMaster en le laissant maître de son véhicule mais en lui montrant ou indiquant les choses importantes à faire et celles à éviter.

Pour finir

Un manager (ou un ScrumMaster) est comme une bouteille de vin, : il se bonifie avec le temps s’il a la passion de mener à bien sa mission et de faire réussir les femmes et les hommes. Ou, il se transforme en vinaigre en effectuant du micromanagement.

Vous avez d’autres points de vue sur le management par un ScrumMaster, comme Barry Overeem (http://www.barryovereem.com/wp-content/uploads/The-8-Stances-of-a-Scrum-Master-Whitepaper-v2.pdf.), Partagez-les en commentant ce post ou donnez l’opportunité à d’autres de le faire en partageant ou en « likant » ce post.