Remobilisons les équipes pour lesquelles une rétrospective ne semble plus utile.

N’avez-vous jamais rencontré d’équipes Agile pour lesquelles la rétrospective est un calvaire, une absurdité, un non-sens ou juste un passe-temps ? Elles la considèrent comme inutile ou comme une perte de temps. L’équipe commence souvent par demander à espacer ce type de réunion. Puis, au bout d’un certain temps, montre que cet événement ne lui apporte plus rien. En effet, toutes les améliorations proposées ne peuvent être mises en place ou n’ont apporté aucun changement à son fonctionnement, que ce soit sur ses relations internes ou externes, ou que ce soit dans ses pratiques. Pourtant des signes avant-coureurs étaient visibles mais n’ont pas été pris en compte. Ces signes sont souvent des petites phares dites par plusieurs des membres qui peuvent être considérés comme réfractaire à l’Agile ou à Scrum. Comme par exemple : « Ce n’est pas la peine de faire la rétro car on connait déjà le résultat », « Cela fait 5 fois que nous le disons mais rien n’y fait c’est toujours pareil! ». Parfois, c’est l’absence d’un plan d’actions d’amélioration construit par l’équipe elle-même qui peut mettre la puce à l’oreille du ScrumMaster. Ces derniers et les managers ont alors tendance à trouver des axes d’amélioration à ces équipes. Parfois ce plan, lorsqu’il existe, contient beaucoup d’actions à réaliser par d’autres équipes ou par les managers ou le/la ScrumMaster.

Mais, ne serait-ce pas l’équipe elle-même qui s’est mise dans cette situation ? Elle a créé sa propre réalité et a tout fait pour qu’elle se réalise. Petit à petit, des comportements qui renforcent cette réalité ont été mis en place. Comme le disait Paul Watzlawick « Une idée, pour peu que on s’y accroche avec une conviction suffisante, qu’on la caresse et qu’on la berce avec soin, finira par produire sa propre réalité » [5]. L’équipe a dû au fur et à mesure des rétrospectives se persuader que les actions d’amélioration étaient dépendantes d’actions d’autres personnes, équipes ou managers, et qu’elles ne leur apporteraient aucun changement en voyant des résultats non conformes à ce qu’elle pensait obtenir en mettant en place telle ou telle pratique. Mais a-t-elle réellement tout mis en oeuvre pour se sortir de cette situation ? Si nous écoutons attentivement ses membres, ils sont persuadés que cela ne peut changer mais disent aussi que la situation qu’ils vivent ne leur convient pas.

Malheureusement, parfois, dans ces situations, j’entends des injonctions comme « il faut faire une rétrospective car c’est dans Scrum. Si vous ne la faites pas c’est que vous n’êtes pas agile ! ». Cette injonction renforce le malaise et aide l’équipe à continuer de penser que la rétrospective ne sert à rien et qu’il est inutile de contribuer à la construction de quelque chose d’autre. L’équipe ici souffre de la réalité qu’elle s’est construite. Emmanuel Piquet indique que « S’il n’y pas de souffrance, il n’y a pas lieu de changer quoi que ce soit »[6]. L’équipe a encore une chance de changer sa réalité et pour cela, il faut lui proposer quelque chose de différent : l’amener à vivre une expérience émotionnelle[6] nouvelle. Si nous réalisons à nouveau une rétrospective se centrant sur la recherche des problèmes ou le ressenti, nous n’obtiendrons encore qu’une liste d’actions ayant pour effet de renforcer ce que pense l’équipe. Et dans ce cas, notre action ne lui apportera rien. Par contre si nous prenons comme objectif principal de prendre en compte les moments positifs et agréables vécus par l’équipe, cela pourrait changer sa vision de ce qui lui est possible tout en l’aidant à prendre conscience de ses forces et de les utiliser pour surpasser les moments difficiles.[6] Pour cela, Emile Coué nous propose d’utiliser la puissance de notre cerveau pour mobiliser des énergies positives[4] afin de construire ce qui n’a pu se réaliser jusqu’à présent. Il est alors nécessaire d’aider l’équipe à percevoir et à imaginer la réussite de son changement de situation en mettant en place des actions à 180°[6] de ce qu’elle a l’habitude de définir et de faire.

Nous invitons l’équipe à participer à une activité relationnelle dont le but principal est de définir un futur possible pour elle. L’atelier commence par un « Show and Tell » dont le support sera les moments positifs vécus par ses membres. Nous nous appliquerons à aider ceux pour qui rien ne semble agréable. Puis nous identifierons les instants positifs vécus en utilisant des questions du type « En quoi ce moment a été agréable pour vous ? » « Quelle situation a provoqué ce moment agréable? » « Quelles sont les autres situations qui ont provoqué un moment aussi agréable ? » « Comment pourrions-nous reproduire la situation ? ». « Vous avez réussi à reproduire ces moments agréables pendant les 6 derniers mois, qu’est-ce que cela a changé pour vous ? », « Comment vous y êtes vous pris ? ». Enfin nous terminerons l’expérience par une question simple nous permettant de nous assurer que les membres de l’équipe ont vécu à nouveau un bon moment: « Comment vous sentez-vous maintenant ? ».

Pour que cela soit plus facile à mettre en place, je vous propose un atelier émotionnel positif basé sur des aspects appréciatifs[3] et d’utiliser quelques jeux des Innovation games® de Luke Hohmann pour les différentes activités[1]. Le protocole suivant pourra être utilisé lors d’une rétrospective avant que l’équipe ne bascule complètement dans le rejet :

  1. [Show & Tell] Chaque participant exprime et explique un moment agréable durant le Sprint
  2. [Identification] Chacun des participants répondra sur des post-it aux questions suivantes, viendra les coller sur un quadrant, et expliquera ses réponses :
    1. Qu’est-ce qui nous a procuré du plaisir ?
    2. Quelles ont été les activités qui ont fait sens ?
    3. De quoi sommes-nous fiers ?
    4. Qu’est-ce qui a fait que nous avons accompli ce que nous avons accompli ?
  3. [Dream] [Remember the future] Les participants sont projetés dans un futur pas trop éloigné (1 à 2 Sprint)
    6 semaines se sont écoulées depuis notre dernière rencontre, quels ont été depuis les moments agréables que vous avez vécus ? Qu’est-ce qui a changé ?
    Note : vous pouvez réutiliser le même quadrant. Ou faire dessiner ces moments
  4. [Decision] [Remember the future] Qu’avons-nous fait pour que cela arrive ?
  5. [Clôture] Quel moment avez-vous apprécié dans cette rétrospective ?

Bibliographie
[1] Innovation Games®, Luke Hohmann, 2007, ISBN 0-321-43729-2
[2] Agile retrospective, make good teams great, Esther Derby & Diana Larsen, 2012, ISBN-13 978-0-9776-1664-0
[3] L’appreciative Inquiry – Une révolution positive, David Cooperrider et Diana Whitney, 2016, ISBN 978-2729616366
[4] La maitrise de soi par l’autosuggestion consciente, Emile Coué, 2016, ISBN 979-1028501990
[5] Faites-vous même votre malheur, Paul Watzlawick, 2014 (Réédition), ISBN 978-2757841877
[6] Faire son 180°, Emmanuelle Piquet, 2015, ISBN 978-2-228-91397-3